31.03.2008
Développement durable et responsabilité sociales des entreprises?
Introduction à la première table ronde
Par Marie José Kotlicki, secrétaire générale de l'UGICT-CGT
On parle de trois piliers du développement durable qui sont : le social, l’économie, l’environnement. Le défi pour aboutir au développement durable consiste à articuler ces trois dimensions.
Comment peut-il à la fois être porteur de progrès social et d’efficacité économique dans le respect et le renouvellement du patrimoine naturel ? Cela suppose des conditions pour le promouvoir indissociables d’une certaine conception du développement durable.
TOUT D’ABORD LES CONDITIONS DEMOCRATIQUES
Le développement durable doit être maîtrisé par la collectivité sous différents niveaux. Comment associer population, usagers, salariés… ?
PAR AILLEURS DES CHOIX ETHIQUES
Le développement durable renvoie aussi à la recherche de sens, de finalités. Il interpelle sur toutes les questions d’éthiques du développement.
ENFIN, UNE AUTRE LOGIQUE DE DEVELOPPEMENT
La durabilité du développement durable s’inscrit dans une vision à moyen et long terme qui est incompatible avec les logiques courtermistes de financiarisation boursière (qui sévit aujourd’hui).
L’entreprise est un acteur incontournable du développement, à condition de ne pas en avoir une conception restrictive. L’entreprise ne peut être considérée comme une source autonome de profits financiers parce qu’elle impacte sur des aspects sociaux, économiques, sociétaux, écologiques…
Elle tient un rôle important dans la société -quant au niveau et à la qualité des emplois, la valorisation ou le pillage des atouts locaux, l’aménagement du territoire ou les délocalisations, besoins des populations ou la croissance financière, les coopérations ou l’instrumentalisation du service public…
Mieux reconnaître la responsabilité sociale des entreprises participe à un redimensionnement de l’entreprise, à (ré)concilier l’entreprise avec la société (profits, Cf. prédateurs.)
La forte sensibilisation des populations à l’éco-citoyenneté, les législations sur la pollution, les luttes contre le dumping social … ont poussé les directions d’entreprise à développer la responsabilité sociale à travers des chartes, des codes de bonnes pratiques sur les respects des droits fondamentaux des salariés au plan international, dans le cadre de contrats commerciaux ; elles se sont engagées à contrôler ou à réduire leur pollution jusqu’à parfois « moraliser » les placements financiers en fonds éthiques.
Si de nombreuses entreprises se sont dotées de département de « développement durable » au cœur de leur activité, c’est que cela a contribué à une sécurisation de leur activité économique. La responsabilité sociale des entreprises agit comme une couverture – risque en terme de détérioration d’image, risques juridiques ou financiers. C’est aussi un label de sécurité pour des investisseurs potentiels.
A CE STADE, TROIS GRANDES QUESTIONS SE POSENT
Comment les engagements en faveur de principes d’une bonne gouvernance sont-ils évalués, contrôlés, suivis collectivement par tous les acteurs de l’entreprise, publiés pour la population ? Sauf à risquer de n’illustrer qu’un créneau porteur d’une communication politiquement correcte, voire publicitaire.
Leurs engagements et leur réalisation ne devraient-ils pas être retranscrits dans le cadre de bilans sociétaux avec des sanctions ou contreparties dues en termes de réparation à la collectivité pour manquement des obligations ?
Comment la responsabilité sociale des entreprises est directement lisible, visible, opérationnelle dans les pratiques de direction de l’entreprise ? Comment le management intègre les dimensions sociales et sociétales ?
Dans le cadre du passage d’un capitalisme entrepreunarial à un capitalisme patrimonial-actionnarial, il y a besoin de desserrer les contraintes courtermistes et productivistes du management.
Comment dépasser certains processus de travail néotayloriens qui se généralisent à travers des projets-missions donnant une vision segmentée et cloisonnée des tâches et qui confisquent la lisibilité de la responsabilité sociale des entreprises pour des salariés individualisés ?
N’y a-t-il pas nécessité de réformer la gestion d’entreprise, de gérer autrement l’entreprise afin de mobiliser les salariés pour une responsabilité sociale des entreprises effective à partir d’une vision globale de l’activité de l’entreprise ?
Comment passer d’une logique de court terme, de retour immédiat sur les investissements financiers à une logique de moyen et long terme.
Ces questions d’une autre logique de gestions sont cruciales
Le passage de logiques courtermistes quantitatives à des logiques qualitatives assises sur le moyen et le long terme est particulièrement illustratif dans le domaine de la recherche.
Les mutations technologiques peuvent permettre d’énormes progrès d’innovation, par exemple dans le domaine de la santé avec une médecine prédictive. Elles constituent aussi d’importants enjeux économiques à travers les énormes investissements financiers mobilisés.
C’est ainsi que dans une logique courtermiste de retour sur les investissements, la période de validation des tests est évacuée, il n’y a plus de sécurisation de l’innovation au risque de dégâts humains considérables, de discréditer le progrès technique, ce qui finalement sera nuisible à la compétitivité économique.
Quelle responsabilité sociale des pouvoirs publics, via la fonction publique d’État pour redonner sens à la mission de service public ?
Il ne me parait pas concevable à la lumière de la LOLF appliquée depuis 2006 d’importer tel quel le management du privé, un management basé sur une culture de la performance au service de contrats d’objectifs et d’indicateurs de résultats quantitatifs. On passerait ainsi d’une gestion administrative à une gestion du privé assise sur une logique productiviste.
Le vrai problème ne réside-t-il pas dans une absence d’outils de gestion des politiques publiques ? N’est-ce pas au moment où l’on parle de refondation de la fonction publique, de se questionner sur l’évaluation des politiques publiques : leur finalité, leur moyen, leur évaluation, y compris à tous les niveaux de la collectivité, leur suivi, avec des critères d’un management adapté, porteur de l’intérêt général, de réponses aux nouveaux besoins de la population.
Ces questions cruciales qui sont posées, ne poussent-elles pas dans la recherche d’un mode de management alternatif ?
18:10 Ecrit par dans 1ères Rencontres Nationales des Cadres dirigeants, Responsabilités sociales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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