31.03.2008

Table ronde N°1 - Synthèse des débats

La première table ronde avait pour thème: Développement durable et responsabilités sociales des entreprises 

d3f2c342faac96aeffb152ffed076ad7.jpgEntreprises privées, entreprises publiques, fonction publique d’Etat, mutuelles, tout le monde affirme prendre désormais en compte en compte le développement durable, tout le monde affirme dans son domaine travailler  à mobiliser les cadres dirigeants sur des axes de développement et des actions spécifiques. Un véritable consensus.

Mais tout dépend de la nature et du secteur de l’activité.


Si une entreprise de tourisme, par essence, peut justifier assez facilement son implication comme le démontre Cathy Kopp pour Accor , pour une entreprise publique comme La Poste, il est question de mettre en oeuvre d’une politique d’entreprise, pour lutter contre le changement climatique et la fracture sociale, qui doit renforcer la cohésion interne  La Poste, explique Patrick Wildoecher directeur du développement durable, fonctionne sur la vitalité  du tissu économique garant de sa propre capacité à engager des actions de développement durable et insiste sur la prévalence du long terme.  Un comportement qui s’inscrit dans la durée et que privilégie aussi le mouvement mutualiste, dégagé de la pression des actionnaires, mais au service des sociétaires sur le long terme.

En revanche, dans la fonction publique d’Etat, les politiques ne sont pas aussi évidentes. Pour Bernadette Malgorne du Ministère de l’intérieur, il semble que le statut même de la fonction publique soit garant du souci du développement durable   et affirme dans la foulée : « il faut reconquérir des performances dans le respect du savoir et des compétences au service de la population », tout prenant garde à la maîtrise les dépenses. Pour le gouvernement actuel qui favorise la participation de représentants de la société civile (jeunes des banlieues par exemple) aux séances de travail, la création de nombreux observatoires cette vocation ne peut que se consolider.


Chacun se satisfait d’avoir mis en place un certain nombre de garde-fou, à base de questionnaires éthiques dont l’objectif est de filtrer, les sous-traitant ou les investissements « incorrects ». Et chacun constate aussi être mis sur la sellette par ses partenaires à la recherche de cette même probité sociétale tout en admettant que les chartes sociales peuvent devenir des arguments marketing de poids.


Face à ces discours entendus qui démontrent, comme le dit Jean-Michel Chapet, que le consensus sur le développement durable est patent, des questions, voire des mises en garde  s’imposent. Il s’agir d’abord de prendre conscience de l’irruption des entreprises dans le champ politique  et ensuite du désengagement de la fonction publique en général et de la fonction publique  d’Etat . en particulier.
Roland Lapierre, directeur général de la petite commune de Drap (Drap- Cataron) dans l’arrière pays niçois, ne dit pas autre chose lorsqu’il s’interroge sur les performances liées aux missions des services publics  . Il s’interroge aussi sur les limites de la responsabilité sociale d’une collectivité dont recrutement social des agents de catégorie C peut entrer en contradiction avec l’efficacité du service public. De même, la responsabilité environnementale veut-elle qu’une commune se prive d’emplois et de ressources financières en se privant de taxes. Comment concilier préservation de l’environnement et activités économiques ?

Développement durable et responsabilité sociale des entreprises ? L’équation n’est pas simple dans sa formulation et dans sa résolution.
Dans sa formulation, il conviendrait de redéfinir ou de définir le développement durable. Faut-il l’opposer à la croissance qui voudrait que l’on introduise une variable qui tend vers l’infini dans un système fini ? Il faudrait aussi questionner la responsabilité sociale. Peut-on la réduire, au sens mathématique, à Politique ? L’équation deviendrait alors croissance et politique.


Philippe Stierlin, cadre à GDF et chargé de mission sur le développement durable et les questions de santé, ne dit pas autre chose lorsqu’il cite Le Baron Sellières, reprenant lui-même l’idée de Friedrich von Hayek, pape de l'ultralibéralisme selon laquelle l’économie n’a que faire de la protection sociale : « L’acquis social doit s’effacer devant la nécessité économique ». Alors dans la logique financière actuelle, pourquoi le développement durable ne ferait-il pas de même ? A moins qu’il ne devienne instrument de profit comme l’ont bien compris les américains ou la RD environnementale a le vent en poupe et où les banques soutiennent les ONG.


Dans sa résolution ensuite, la variété des réponses des intervenants s’étage de l’évidence (Accord) à l’ambition (Fonction publique d’Etat) en passant par la conscience pragmatique (La Poste, la Mutualité), chacun avance sur son axe écologie, changement  climatique, solidarité sociale… chacun appose la sceau DD là où il l’entend ou là ou ça l’arrange. Tout action peut-être lue au travers du prisme du développement durable.
Peut-on aller jusqu’ affirmer, comme le fait Patrick Wildoecher, que la mise en oeuvre des politiques de développement durable devrait réduire les coûts ? et qu’il représente la forme moderne du service public ? Des questions à discuter.

A y regarder de plus près l’essentiel des arguments et des actions exposés procèdent des bilans sociétaux déjà mis en œuvre notamment dans la sphère mutualiste (cf. la Macif en 2004) ? N’ y a aurait-il pas là un premier levier législatif a envisager. En considérant que « les consultants ne sont pas des acteurs .
Marie José Kotlicki recadre la première partie de ce débat et aborde un axe apparemment entendu  mais essentiel dans le contexte actuel : le déficit de démocratie et la recherche de sens.
Des questions s’imposent.


Comment les engagements en faveur de principes d’une bonne gouvernance sont-ils évalués, contrôlés, suivis collectivement par tous les acteurs de l’entreprise?
Comment la responsabilité sociale des entreprises est-elle directement lisible, visible, opérationnelle dans les pratiques de direction de l’entreprise ? Comment le management intègre les dimensions sociales et sociétales ?
N’y a-t-il pas nécessité de réformer la gestion d’entreprise, de gérer autrement l’entreprise afin de mobiliser les salariés pour une responsabilité sociale des entreprises effective à partir d’une vision globale de l’activité de l’entreprise ?
Comment passer d’une logique de court terme, de retour immédiat sur les investissements financiers à une logique de moyen et long terme.
Ces questions d’une autre logique de gestions sont cruciales.
Quelle responsabilité sociale des pouvoirs publics, via la fonction publique d’État pour redonner sens à la mission de service public ?
Ces questions cruciales qui sont posées, ne poussent-elles pas dans la recherche d’un mode de management alternatif ?

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